Compte Rendu 11 juin à Remiremont PDF Imprimer Email
Écrit par lapeloradmin   
Samedi, 04 Août 2018 00:00

 

 

 Compte-rendu de la rencontre L.A.P.E LORRAINE du 11 juin 2018 à REMIREMONT (Vosges)

 

Thème : « Accompagner le lien d’attachement enfant-parent, quelles questions pour les accompagnements ? »

 L’association LAPE Lorraine remercie Mme Wissemberg  du Département des Vosges et toute l’équipe du lieu d’accueil enfants-parents de Remiremont « La balançoire » pour leur accueil et leur implication dans l’organisation de cette journée d’étude.

 

La question de l’attachement est centrale pour les lieux d’accueil enfants-parents. Dans la circulaire de la CNAF apparait l’objectif « renforcer le lien parent-enfant ». Il nous semble que le lien existe entre un parent et son enfant sans nécessité du tiers. Les accueillants n’ont pas la prétention de le renforcer mais juste de le faire visualiser aux parents car ses manifestations échappent parfois à la conscience. Ce lien est là même quand il nous semble pathologique. Nous recevons des familles qui ont un lien particulier à l’enfant. Ces questions vont être débattues aujourd’hui en lien avec l’intervention de Mme Cassi et cette question de l’attachement mais aussi de la séparation qui est inhérente à l’attachement seront travaillées également au cours des ateliers cet après-midi

Intervention de Madame Cassi, psychologue clinicienne, superviseure de lieux d’accueil enfants-parents :

J’ai fait le choix d’une présentation concise, souhaitant qu’elle suscite des questions  et de ne pas aller tellement dans la littérature. Il y a beaucoup d’appellations, de qualifications pour parler de l’attachement.

Les temps d’accueil sont des moments privilégiés pour observer la relation parents-enfants qui renvoie à la relation d’attachement singulière qui les unit. Singulière parce qu’elle est soumise à l’histoire de vie de chacun. Cette relation parent-enfant se construit dans l’interaction. Elle n’existe pas d’emblée, elle ne va pas de soi, elle n’est pas linéaire, elle trébuche, rencontre les vicissitudes de la vie. Ainsi Les professionnels des lieux d’accueil enfants-parents, à partir de leur dispositif et modalités d’accueil, sont des témoins de la relation singulière enfant-parent. Leurs objectifs sont des possibilités. Les accueillant n’ont pas de projets à la place des parents, pas de visées thérapeutiques. Anonymat et confidentialité favorisent la relation de confiance entre parents et professionnels. Le rôle des accueillants est d’encourager les échanges parents-parents, parents-enfants, et entre enfants, en offrant un espace de socialisation, d’ouverture, où la question de l’attachement se manifeste et donc celle aussi de la séparation. Il s’agit à chaque fois d’une rencontre qui est singulière avec le ou les parents, enfants. Ces rencontres ne sont bien sûr pas sans résonnance avec l’intime du professionnel et supposent une vigilance quand à son positionnement, aux effets de jugement, aux paroles, aux actes posés. Voilà l’introduction qui pour moi est nécessaire pour cerner de quoi on parle et d’où on parle.

 

L’étymologie du mot attachement nous renvoie au 13 ème siècle. Ce concept de l’attachement mère-enfant prend valeur dans les années 1950, au croisement de l’éthologie, de la psychanalyse et des études sur les réactions relatives à la séparation maternelle.

Je citerai Bowlby parmi d’autres, c’est un psychanalyste anglais, qui a été le premier à proposer une théorie de l’attachement selon laquelle la formation d’une relation affective stable et durable avec l’enfant est une composante essentielle de son développement. Le phénomène de l’attachement est surtout lié aux acquis sociaux affectifs des enfants et à la sensibilité maternelle, caractéristique fortement participative au développement sécure entre la mère et son enfant.      

Des travaux plus récents (1991) appuient l’hypothèse selon laquelle il y a transmission intergénérationnelle des liens d’attachement. Cette d’idée d’une transmission intergénérationnelle a été proposée à partir des représentations mentales de liens d’attachement de l’adulte à ses parents. Cette vision ouvre un autre angle : on n’est plus seulement dans la relation mère-enfant mais c’est à partir des échanges des nouveaux parents avec leurs parents que quelque chose émerge aussi, pas du juste du côté de l’enfant mais aussi du côté du parent : ceci renvoie chaque parent à la question suivante : « quelles relations aviez-vous, avec vos parents ? »

En 1976, des chercheurs soulignent, à l’éclairage de l’éthologie, l’importance d’un contact précoce et prolongé dès la naissance entre l’enfant et sa mère pour le développement d’un lien affectif.

En 1994, on note que l’attachement relève d’un processus interrelationnel débutant avec la phase « d’accointance », phase de découverte qui commence à la grossesse, qui s’accentue à la naissance et se poursuit, permettant aux enfants et aux parents de se connaitre. Nous sommes dans l’idée d’une co construction d’un lien. Cette relation se développe graduellement dans la recherche et le maintien de la proximité et de la réciprocité. Ces différentes recherches mettent la focale sur la dyade mère/enfant comme structure pour considérer l’impact de la qualité du lien sur le développement du lien mère-enfant.

En 1981 : de nombreux travaux font apparaitre que le contexte social, les valeurs véhiculées dans la classe sociale, les lieux et situations de la vie quotidienne, les conditions de travail et les relations sociales, l’environnement physique de la maison, la structure familiale sont des facteurs qui interagissent, soit en favorisant, soit en fragilisant le lien d’attachement parent-enfant.

Enfin, il me semble difficile après cette rétrospective rapide de ne pas citer Winnicott qui associe à la théorie freudienne des pulsions, la question de la psyché maternelle en tenant compte de l’environnement et qui a fortement inspiré les travaux de Lebovici sur cette question.

 

Donc parler du lien d’attachement ne peut se faire qu’en tenant compte de la société et de l’environnement dans laquelle l’enfant se développe. Quittons la dyade mère-enfant, et repérons la place de l’enfant dans notre société entre hier et aujourd’hui.

 

Aujourd’hui ’enfant a une place majeure dans notre culture. Il est un enjeu social, politique et économique. L’enfant présentifie une force qui maintient le lien familial, il l’incarne et porte un message d’amour et d’espérance. Il fonde l’idée de famille comme structure qui l’accueille et en prend soin. Il est le produit d’un couple. Si l’idée aujourd’hui du couple évolue, et n’est plus accompagnée des idéaux de fidélité et d’éternité, en revanche l’idée d’un couple de parents fidèle à leur enfant, se renforce. Aujourd’hui il y a le couple conjugal et lorsque l’enfant arrive, et seulement quand il arrive, il y a constitution d’une famille comme première institution. Il y a alors disparition du 1+1 du couple conjugal au profit du couple parental. Ainsi, quand l’enfant arrive : il est la vérité du couple parental.

Aujourd’hui, la famille traditionnelle n’est presque plus, le déclin du père, celui qui ordonne, qui incarne l’autorité est manifeste. Le couple hétérosexuel ne constitue plus le socle de la famille contemporaine. Il y a des déclinaisons multiples de famille : monoparentale, recomposée, homoparentale. Si, hier les familles se définissaient à partir des lois de la parenté et de la fonction paternelle, aujourd’hui cette logique n’est pas totalement révolue. Elle est traversée par les avancées de la science, proposant de nouveaux moyens pour devenir parent. Ces bouleversements font trembler les repères traditionnels et ne sont pas sans effets sur les liens d’attachement.

Pris dans les changements de la société, l’enfant, à ce jour, incarne à lui tout seul, une preuve de bonheur auquel chacun a droit. Il peut être difficile à cet enfant, d’être à la hauteur de la satisfaction attendue. Il est souvent surinvesti et sommé de répondre à l’idéal qu’il vient symboliser. Et s’il déchoit de cette place, il devient un « symptôme familial ». L’enfant doit s’adapter aux situations les plus complexes de son existence.

La question de la  séparation du couple a été au premier plan dans ces bouleversements : famille décomposée, recomposée et la place du père, sa fonction s’en est trouvée remaniée. La situation des femmes en a été bouleversée et la position de l’enfant ébranlée par les nouveaux choix de vie des parents.

Les symptômes des petits enfants peuvent se manifester, apparaître en pleine lumière, ils ne sont voilés ni par l’idéal, ni par la conscience morale, ni par le surmoi : cette instance qui veille et qui interdit. Car ces instances ne sont pas encore mises en place dans le psychisme du tout petit. Celui-ci n’éprouve pas la différence entre le bien et le mal, il n’éprouve que le plaisir ou déplaisir. C’est là sa fragilité et en cela il demande tant de soins .Ses symptômes souvent témoignent de son angoisse, insécurité liées aux conditions de vie de la famille ou bien ses symptômes répondent aux angoisses des parents eux-mêmes ou bien encore ses symptômes peuvent être une protection face aux attentes d’un parent trop pressé, trop anxieux ou trop exigeant.

 

Aujourd’hui qu’en est-il ? Les transformations sociétales sont importantes:

-          Le changement du statut des femmes : la liberté de leur sexualité par rapport à la maternité,

-          Elles ne sont assujetties à la sexualité

-          La fonction de présence du père auprès de l’enfant : les pères sont plus présents auprès des tout petits d’où de nouveaux modes de liens dans le trio père/mère/enfant

-          Des formes inédites de lien parental apparaissent avec le mariage homoparental

Quelque soit la forme de parentalité : il n’y a pas de solution idéale pour éduquer un enfant. Etre femme est différent d’être mère. Ce sont des fonctions qui s’incarnent variablement : on ne peut pas savoir quelle mère on sera. La mère, c’est l’Autre de la demande, celle à qui on demande (l’enfant par ses pleurs lui adresse une demande), dont on est dépendant, dont on attend la réponse, qui parfois se fait attendre. La toute puissance est du côté de la mère. La femme : c’est l’Autre du manque, qui n’a rien à donner. C’est à ce titre qu’elle est désirable. Il n’y a pas un universel normatif de la maternité. Nous avons des stéréotypes, représentations, des idéaux, des référents culturelles. Mais c’est au cas par cas, que le sujet, pris dans son histoire, que ce « être mère » se déclinera dans le rapport à son corps, à sa mère, à son partenaire.

L’amour comme garantie ? Si l’idée que l’amour est une dimension importante pour que l’enfant grandisse, dans une certaine sécurité et sérénité, il ne protège pas de tout. Trop d’amour étouffe, oblige à s’éloigner, à repousser. Toute mère éprouve à un moment donné le sentiment de n’avoir pas été à la hauteur de sa tâche : c’est le lot commun. Dès avant sa naissance, l’enfant est parlé, pris dans l’univers symbolique de ses parents. Un enfant à naître a déjà une place dans le discours de ses parents, qui ne sera pas sans incidences, à leur niveau individuel, mais aussi au titre de la société et de la culture auxquels ils appartiennent. Un enfant à naître a déjà une certaine place dans le discours des parents. Il a aussi quelque chose qui ne se dit pas ou qui n’a pas été entendu dans les générations précédentes. L’existence de l’enfant est assujettie à un Autre, cet Autre qui est primordial qui est souvent la mère. Il ne peut faire face à ses besoins fondamentaux, l’existence de l’enfant est assujettie à un Autre, cet autre qui est souvent la mère. Sans soins, sans amour : il ne peut pas survivre. Les études de Spitz sur l’Hospitalisme en témoignent. Le nouveau-né ne peut pas se satisfaire que d’un repas, il lui faut de l’amour aussi. Au-delà de la réponse de soins. Il y a un au delà à la réponse à cette demande, l’enfant a besoin d’amour. Un enfant qui reçoit son biberon comme venant le combler pourrait être fixé à cette dépendance orale. Le nouage, le lien au niveau de la relation pourrait être fragile.

Qu’est-ce qu’un père aujourd’hui? 

La question de sa présence ou de son absence, dans la réalité n’est pas déterminante pour l’évolution de l’enfant, dès lors que l’enfant reçoit une réponse : qui est son père, d’où il vient ? Autrement dit, dès lors qu’on parle de lui, qu’il soit présent dans le discours maternel, ni dévalué, ni encensé. C’est important que le père soit parlé, qu’il occupe une place, dans le désir de la mère, qu’elle n’est pas toute mère. Le père apparait comme tiers, comme obstacle qui s’oppose au désir incestueux de l’enfant et au désir de fusion de la mère. Et ainsi, se marque l’intimité des parents, leur lien. Le père soutient ainsi le processus d’individuation et de séparation.

Conclusion : J’ai tenté de faire apparaitre que cette question du lien d’attachement est complexe, qu’elle ne concerne pas que l’enfant et la mère. Il est important de rendre visible les liens d’attachement pas incarnés ou présents d’emblée. Cette question concerne, nous l’avons vu, aussi le père, la famille, le milieu social. Elle est prise dans l’évolution de la société et dans ses enjeux. Le lien d’attachement relève d’une co construction entre l’enfant et ses deux parents, à partir de l’histoire singulière de chacun, en tant que sujet pris dans une histoire qui les oriente souvent à leur insu. Il s’agit pour vous accueillant, à partir de vos missions, de votre éthique, d’accueillir le singulier, le particulier et de trouver un savoir être, un savoir faire bien particulier, le singulier ouvrant à la particularité des liens.

 

Questions débat :

En préparant cette journée, nous nous sommes interrogées sur la richesse de cet accompagnement du lien mais aussi sur la sidération et sur l’impuissance ressenties parfois par les accueillants. C’est-à-dire que nous avons d’abord pensé aux situations où l’attachement nous semblait fragile, mis en cause, notamment dès les dix huit mois de l’enfant quand il s’oppose, voir impossible, quand il y a des placements à répétition. Nous nous sommes plutôt interrogées sur ce qui fait pathologie dans l’attachement. Nous sommes d’accord que c’est une richesse quand tout va bien mais quand cela va mal c’est sidérant et redoutable pour l’accueillant. 

Je me permets de revenir sur la question du symptôme où vous disiez que l’enfant, dans son symptôme, n’est plus protégé par le surmoi quand il est tout petit. Autrefois, l’enfant était pris dans une famille structurée et au moins stable. Même si les couples avaient également des problèmes comme aujourd’hui, les problèmes étaient gardés dans la maison, le couple ne se séparait pas. Peut-être cela constituait pour l’enfant une base, un socle où il n’y avait pas de remise en cause du système dans lequel il vivait et se construisait sur ce socle au moins stable. Aujourd’hui, le terreau est sans cesse mouvant, on voit dans les lieux d’accueil enfants-parents des mères qui se séparent, se remettent en couple, se séparent de nouveau …chaque nouveau couple scelle son union avec l’arrivée d’un enfant.

Mme Cassi : On ne peut pas nier, ne pas tenir compte des effets que cela peut produire. .Aussi le risque c’est de dire « avant c’était… » Maintenant nous avons à prendre les choses différemment mais ce n’est pas sans vigilance que nous avons à accueillir. Nous professionnels, nous avons tous dans la tête : des référents culturels, des stéréotypes. C’est bien à partir de notre réflexion, de notre éthique et de notre boussole, que nous travaillons. En fait, les enfants ont affaire à un père et une mère et donc ils ont à trouver comment faire avec par exemple avec ce père qui crie, se fâche beaucoup.

 

La question du père absent est un peu plus compliquée, nous accueillons beaucoup de familles monoparentales, parfois pour certaines d’entre elles éternellement monoparentales avec des pères de passage. Le souci c’est la question de la représentation. Car même le père, chez la mère, est volatile, il n’est pas stable. Tout ce que vous avez dit sur la parole qui précède la naissance, ne perdure pas. Parfois quand l’enfant nait, la mère est déjà passée à un autre compagnon. Du coup, c’est compliqué dans nos représentations de parler d’un autre qui est déjà remplacé, avec finalement comme peur professionnelle que l’enfant se sente déjà un autre remplaçable dans son imaginaire quand il y a une autre naissance qui suit.

 

Mme Cassi : Est-ce que ce n’est pas également la question que se pose tout enfant qui a une petite sœur ou un frère qui arrive ?

 

Parfois quand une mère a un nouveau compagnon, c’est ce dernier qui prend la place du père, pour l’enfant c’est comme si on lui présentait plusieurs pères successifs, interchangeables.

 

Mme Cassi : C’est comment du côté de l’enfant ? Il peut arriver à se débrouiller avec cela, mais peut-être que cette femme là, ne peut tenir debout, traverser la vie qu’avec des compagnons successifs.

 

Quand vous avez dit que le parent s’attache à son enfant comme il l’a fait avec son parent, il y a quelque chose de transmissible. C’est vrai que nous, ce que voyons, c’est le symptôme de la difficulté d’attachement que ces mères ont vécu pour elles même, qui devient symptôme au niveau de la génération suivante. Elles montrent la souffrance de ce à quoi elles ont dû faire face. Comment relever ce défi ? Nous accueillons des enfants de la naissance à 6 ans et nous voyons des mères qui ont déjà eu plusieurs compagnons. Il y a une accélération de la séparation : le couple dure moins longtemps, on voit des familles avec une mère  qui s’est mis en couple plusieurs fois cela questionne l’attachement entre le père et la mère.

 

Comment l’enfant va se construire, les liens se dénouent vite et se renouent vite. Les enfants vont dans le meilleur des cas s’adapter. Comment accompagner ces familles qui ne sont pas toujours dans la communication?

 

Mme Cassi : Il y a des mutations qui sont étonnantes pour nous. Je pense à l’histoire d’une famille recomposée dont les enfants avaient le même prénom. Le petit garçon a trouvé un moyen pour repérer chaque membre de la famille en rajoutant au prénom « petit » ou « grand ».

Bien sûr, nous accueillons parfois des familles très désorientées mais c’est pour cela qu’elles viennent aussi. Qu’est-ce que nous accueillons d’elles, que disent-elles de leur vécu et de celui de l’enfant ? C’est à partir de ce matériel là que le professionnel se met au travail. Comment cette mère là pourra dire quelque chose de son histoire ou pas. Ce qui va permettre de travailler c’est d’écouter, d’essayer de saisir comment c’est pour cet enfant, et pour cette femme. Dans ce monde de mutations l’enfant incarne ces couples se défaisant. Dans toutes les classes sociales ces questions « on s’aime pour la vie » sont chamboulées. C’est autrement, donc il y a à faire avec cela.

Quand les mères sont suffisamment à l’écoute de l’enfant, cela parait moins compliqué, on se dit que l’enfant a un socle, un attachement fiable, quelqu’un de bienveillant, un attachement secure, un ancrage, ça va même si le couple parental est séparé mais cela pose difficulté quand la mère n’est pas suffisamment répondante aux besoins de l’enfant. Avant on se disait il y a le père aussi mais maintenant, parfois il n’y a de père, de grand-père, grand-mère. On se dit que l’enfant n’a pas en face de lui quelqu’un qui se sente suffisamment responsable de lui.

Mme Cassi : Si elles viennent dans un lieu d’accueil enfants-parents, elles font la démarche de venir, revenir, un transfert, une relation peut s’instaurer. C’est précieux que ces lieux existent.  Le lieu d’accueil peut jouer le rôle de tiers, garantir une stabilité. Il y a des enfants qui choisissent des professionnelles, qui vont vers elles. L’enfant incarne la vérité du couple, c’est le seul qui témoigne de cette rencontre du couple conjugal. Il est le produit de ce couple conjugal. Il y a aussi parfois des mamans qui sont chamboulées par l’arrivée d’un enfant même quand le couple est stable. Parfois, la question de l’attachement est compliquée aussi dans ces ca-là.

Ce qui fait souvent défaut pour les mères c’est l’environnement. Il n’y a personne pour structurer ce lien d’attachement, il n’y a personne chez qui cela fait écho autour d’elle. Parfois, dans l’environnement de la famille : il n’y a pas d’appui possible. Le lieu d’accueil enfants-parents peut être un contenant externe où cette question pourra être mise au travail grâce à l’empathie des accueillants. En préparant cette journée, nous avons également évoqué les mères proximales : qui allaitent longtemps, portage avec écharpes, école à la maison. Ce sont des mouvements qui se sont peut-être crées en réaction de ces attachements mouvants qu’on a évoqués. Ces mères vont constamment montrer qu’il y a du lien.

En tant qu’accueillant, nous ne sommes pas des thérapeutes, on accueille en essayant de ne délaisser personne. Ce qui est important pour nous ce sont les relations, les échanges qui existent entre les parents, il y a de l’entraide qui fait que les parents se sentent en confiance, ils peuvent parler entre eux.

Le risque c’est quand des mamans font tout pour être un modèle de mère parfaite, quitte à être épuisées de répondre à toutes les sollicitations de l’enfant, à être dans le « trop ». Celles qui ne font pas, sont mal vues à leurs yeux : elles ne font pas tout ce qui faut pour leur enfant. Parfois ces mamans « parfaites » peuvent faire groupe entre elles. Certaines mamans racontent leur histoire/ vécu par rapport à l’école par exemple ce qui peut éclairer leur choix de ne pas scolariser leur enfant.

Mme Cassi : Ce qui est important c’est que ce soit reconnu comme une parole singulière. Il n’y a que la maman qui peut parler de son histoire. Nous ne faisons que des hypothèses. Il ne faut pas généraliser, quelque chose doit circuler, qui a valeur pour l’autre ou pas et pour des raisons différentes. Chaque histoire est singulière.

On voit bien que c’est le même mouvement avec deux symptômes différents: c’est la difficulté d’un attachement qui puisse être sécure mais qui puisse aussi apporter de la distance, de la séparation. Si le lien est suffisamment sécure, en général, cette séparation va se passer assez facilement dès que l’enfant se déplace à quatre pattes. Il y a une fragilisation concernant le lien d’attachement, ces mères ne croient pas à l’attachement sécure, elles pensent que si elles ne se lèvent pas la nuit pour répondre aux pleurs de l’enfant : elles ne l’aiment pas, elles ne croient pas à la continuité du lien.

Mme Cassi : Je pense que le lien se construit avec l’arrivée de l’enfant. C’est quand même compliqué cette période qui suit la naissance de l’enfant. On entend ses pleurs, la mère en fait une interprétation : il a mal au ventre, il ne trouve pas sa position…C’est tout ce temps très particulier où la mère fait peut-être du « trop », du « pas assez ». Chacun est rendu à ses possibles et à l’interprétation qu’il fait de ces pleurs de l’enfant

Quand ces choses peuvent se parler entre les mères : on est sorti d’affaire. La difficulté c’est quand on ne peut pas arriver à ouvrir cette porte du dialogue

Mme Cassi : C’est à partir de ce que ces mères expriment, disent quand elles viennent dans les lieux d’accueil enfants-parents que nous pouvons comprendre ce qu’elles viennent y cherche. A partir de ces échanges ,et relations, elles pourront en dire quelque chose

Cce que vous mettez au travail : c’est la question du « tricotage du lie »n avec un ajustement réciproque, vous amenez l’accueillant à construire ce lien réciproque qui pourra peut-être petit à petit aboutir à un lien sécure avec la maman

Il ne faut pas minimiser, oublier la présence des autres parents. Je reste avec cette question, qu’est-ce que ces mères attendent, que viennent-elles chercher ? C’est déjà un préalable important mais il y a aussi la rencontre avec d’autres parents. J’ai aussi en tête des parents isolés parce qu’ils sont loin de leur famille, ils ont déménagé ce qui complique l’arrivée d’un nouvel enfant. Le lieu d’accueil enfants-parents n’est pas un lieu thérapeutique mais c’est un lieu où l’enfant peut expérimenter sous le regard de sa mère.

La Supervision permet d’adopter une position d’extériorité, de construire une réflexion à plusieurs, parler des impasses que nous rencontrons, des situations qui font résonnance. Réfléchir à partir de situations est plus facile que de réfléchir sur un plan théorique. Ce qui est important est de sortir de notre sidération, mais aussi d’échapper au jugement misérabilisme et de partager nos perceptions qui peuvent être différentes au sein d’une équipe.

Question : « Comment faire quand les liens d’attachements sont fragiles, quand il y a des fessées ? »

 

Mme Cassi : il y a quand même des choses autorisées ou pas. Comment le dire, amener le parent à se dégager de cela. Il faut ouvrir la parole : « Je sens que vous êtes fâché ». L’accueillant doit s’appuyer sur le cadre fixé et entendre l’appel du parent qui est violent

Et quand il y a des difficultés de séparation ?

La séparation se fait plus spontanément quand l’enfant bouge, il peut gérer seul la prise de distance à condition que le lien soit secure. Les mères ont parfois également du mal à se séparer de leur enfant.

Pour l’enfant : « l’absence/présence » est à construire au lieu d’accueil enfants-parents. Les enfants peuvent faire des allers-retours, revenir à tout moment à côté de leur parent. Les parents ne sont pas toujours réceptifs aux appels, sollicitations de l’enfant. Ils viennent pour souffler, sont pris dans une discussion avec d’autres parents, viennent pour avoir un moment à eux, pour se ressourcer. Dans certaines familles il n’y a pas de tiers qui va dire : « Lâche ta mère, laisse la tranquille ! ». L’accueillant peut faire tiers et dire à l’enfant : « Ta maman nous dit qu’elle a besoin d’une pause. »

 

Question : « Qu’est-ce qui fait que la mère, dans un contexte sécure, ne réponde pas aux sollicitations son enfant ? »

Mme Cassi : Il faut penser que ce nous montrent les parents : ce n’est pas toute la journée : c’est 2h d’accueil. » Notre vision est tronquée avec des projections imaginaires. Il faut tisser le lien avec le parent, transposer à ce moment-là. On ne peut pas dans le collectif ne pas mettre quelque chose d’individuel. La séparation est connotée communément comme un moment affectif douloureux, une rupture du lien. Si nous parlons, écrivons sur nos plaquettes de présentation de nos lieux : éloignement, autonomie, l’effet n’est pas le même : il y a encore du lien  c’est vu de façon plus positive par les parents. De même, quand nous parlons de sortir de la fusion, pour les mères : la fusion est un modèle d’amour pour certaines. Les mots subissent les modes et ont des effets.

Nous ne pouvons pas oublier que nous travaillons pour la génération d’après. L’enfant est traversé par tout ce qui a eu lieu au dessus de lui. L’émancipation vient en gardant ce lien intergénérationnel. L’enfant est à son insu dans une parole avant de naître, dans des non-dits, des craintes.

Question : « Que faire par rapport à une mère qui se plaint des manquements de son mari ? »

Mme Cassi : un lieu d’accueil enfants-parents ne peut pas tout résoudre. On peut trouver une porte de sortie : « Vous semblez trop déçue par votre homme » Les propos de la mère sont improductifs positivement surtout quand les enfants les entendent. Est-ce qu’il vaut mieux éviter que cette mère dise des choses négatives ? Elle va déposer ailleurs de toute façon. L’accueillant peut ne pas donner de consistance à ce propos là.

Pensons à nos limites dans la fonction d’accueillant : attention à nos projections.

 

Présentation du lieu « La balançoire » de Remiremont :

Le lieu a été crée en 1992. Au départ, ce n’était pas un lieu d’accueil enfants-parents mais un « Groupe Bébés ». L’idée du projet a été portée par deux psychomotriciennes du CMPet une psychologue. L’objectif était que les mamans puissent se rassembler et les enfants se socialiser. Puis une orthophoniste, un éducateur détaché de l’Hôpital de jour, des personnes de la PMI ont rejoint le groupe pour accueillir les familles.

Le premier local était situé dans le quartier ZUP de Drumont. Le quartier s’est dépeuplé, plus personne ne venait le mardi après-midi jour d’ouverture. C’était compliqué, le lieu a fermé en 2010. Un nouveau lieu a été crée au centre ville dans un local mis à la disposition par la municipalité. Ce nouveau lieu a ouvert en 2012 avec une nouvelle équipe. Au début il y avait 2 à 3 enfants par séance, la deuxième année 5 enfants puis 10 enfants par séance. Les locaux sont partagés avec le RAM (Relai Assistants Maternels), l’AL (Accueil de loisirs), les NAP (Nouvelles Activités Périscolaires).

Un partenariat est tissé avec la maison de retraite avec l’accueil de personnes âgée pour des évènements calendaires comme Noël, Pâques. Le lieu est ouvert les vendredis de 9h à 11h, et fermé durant les vacances scolaires.

La Balançoire est gérée par le Conseil Départemental des Vosges. L’équipe est mixte et composée de 5 personnes. Il y a toujours au moins 2 accueillants. L’équipe est pluridisciplinaire : 1 psychologue clinicienne, une infirmière puéricultrice, un technicien du transport (CD 88), une assistante sociale, un éducateur.  Le lieu a accueilli en moyenne 8 enfants par séance en 2017, le bouche à oreilles fonctionne bien, le lieu accueille davantage de familles diversifiées d’un point de vue social et culturel, depuis l’installation au centre ville.

Travaux en ateliers sur la question : « Comment peut-on favoriser l’expression du lien enfants-parents au sein des lieux d’accueil enfants-parents ? :

Travaux en petits groupes en tenant compte de quatre items : Posture, attitude/Aménagement des locaux/Savoir faire/ Place du tiers Posture

1.        Posture, attitude

-          Etre rassurant, être contenant dès l’arrivée de chaque famille, jusqu’au départ

-          Disponibilité psychique ce qui sous-entend d’être sécurisé par son équipe pour rester dans une écoute active ( un bémol : la place du téléphone du bureau).

-          Tolérance ; acceptation de l’autre comme il est, non-jugement, bienveillance

-          Marques d’intérêt (retenir le prénom de chacun par exemple), donner une place à chacun dans le groupe.

-          Permettre l’expression des compétences parentales

-          Pour aider les parents à tricoter le lien, l’accueillant, dans l’accompagnement, peut reformuler, mettre en mots ce qui est observé.

-          Se mettre en retrait pour laisser possible l’expression de la solidarité entre parents

-          Passer le relais sur des situations sidérantes aux autres accueillants.

-          Etre à côté du parent, partager

-          Observer ce qui se passe (lien…)

-          Accueillir l’ici et le maintenant

 

2.       Aménagement des locaux

-          Réfléchir à la position, l’installation de l’adulte qui peut alors poser un regard sur son enfant (miroir, cloison, petite maison…)

-          Idée de permettre à l’adulte de se sentir bien accueilli (mobilier à sa taille, proche des enfants) pour qu’il investisse la relation parent-enfant.

-          Importance de l’aller-retour entre le parent et son enfant (parfois juste dans les regards).

-          Permanence de l’aménagement (surtout lorsque les locaux sont partagés).

-          Favoriser les connexions visuelles et l’éloignement parent/enfant

-          Des espaces plus « protégés »par rapport au groupe

-          Permettre à l’enfant de vivre des expériences de prise d’autonomie

-          Espace ouvert mais aussi des coins cachés

 

3.       Savoir-faire / savoir-être

-          Ecoute active, disponibilité

-          Libérer, favoriser la parole entre parents

-          Valorisation / mise en mots / formulation

-          Sécurisation

-          Connaissances du développement de l’enfant

-          Montrer à l’enfant une autre modalité de relation avec lui

-          Observation

-          Savoir mettre en lien

-          Savoir passer le relai

-          Individuation : s’adapter à chacun

-          Accompagner sans diriger

 

4.       Place du tiers

-          Projections / transfert : l’accueillant devient tiers

-          Le tiers peut être le lieu, l’accueillant, un autre parent, le père, un autre enfant

-          Le tiers peut être un témoin plus objectif de la situation (car il y a une mise à distance émotionnelle), cela permet la distanciation (rien n’est grave pour l’accueillant).

-          L’enfant connait d’autres relations, fait l’expérience d’autres types d’attachement

-          Une prise de relais peut avoir lieu pour permettre à la mère de redevenir femme.

-          Le tiers peut aussi être celui qui met des mots positifs sur ce qu’il observe.

-           Garant du cadre, des règles pour être sécurisant et permettre l’autonomie

-          Présence de l’accueillant lors des temps forts (arrivée, départ)

-          Mettre en lien les adultes entre eux

-          Soutenir chacun dans sa manière d’être parent

 

 

Mis à jour ( Samedi, 04 Août 2018 15:54 )
 
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